L’implication des femmes au cours de la Deuxième Guerre mondiale
C’est le 2 septembre 1945 que la Deuxième Guerre mondiale prenait fin, à la suite de six horribles années de combats meurtriers. Déjà 80 ans. Malgré le fait que cet affrontement mondial ait débuté en Europe, il a tout de même affecté des milliers de Québécois et Québécoises incluant les gens de la Gaspésie.
L’on tend à oublier les nombreux efforts et sacrifices effectués par les femmes. Celles-ci ont tenu le fort en l’absence de leur père, époux et fils. Elles ont économisé chaque sou afin de nourrir le plus adéquatement leur famille en ces temps de rationnement. Certaines ont également travaillé dans les usines en défonçant de nombreux plafonds de verre et d’autres s’occupaient des communications. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les Gaspésiennes sont également impliquées de manière exemplaire dans la défense territoriale. Bien qu’elles ne portent aucun uniforme, leur travail n’en demeure pas moins indispensable.
Voici un extrait du témoignage de madame Aurélie Côté qui s’occupait du poste de télégraphe de Petite-Vallée :
« Madame Mélida LeBreux Houde avait le bureau de télégraphe, seul moyen de communication entre les paroisses. Nous étions reliés par un réseau à Québec.
Cette année-là, madame Houde qui était télégraphiste quitte le village pour s’établir sur un lot de colonisation à Saint-Thomas de Cloridorme.
C’est ce départ qui m’a amenée à demander le bureau de télégraphe qui serait un atout important pour le magasin. Le premier décembre 1939, on installe le poste télégraphique à ma résidence.
J’ai dû apprendre très vite à m’en servir et à ce moment j’ignorais jusqu’à quel point il serait important au cours des prochaines années. Au printemps de 1940, mon mari s’engage dans l’armée de réserve à Petite-Vallée et en 1942 il se rend à Valcartier parfaire son apprentissage et revient avec le grade de lieutenant.
À la venue des premiers sous-marins allemands, un ordre décrétant le « black out » obligatoire m’est communiqué par télégramme. Les voitures doivent circuler avec des phares très bas. Les lumières des camions étaient rondes et il fallait les peinturer en noir pour les trois quarts. Il ne restait que le quart éclairant vers le bas. Les maisons proches de la rive doivent camoufler toutes les fenêtres pour cacher toute lumière du côté du fleuve.
Dès que la guerre fut déclarée, on devait se servir de codes pour toutes les transmissions relatives à la présence de bateaux sur la côte de Gaspé. Le code devait être changé tous les dimanches soir et le lundi il fallait apprendre nos leçons de nouveau.
Les codes correspondaient aux lettres alphabétiques qu’il fallait changer pour empêcher que les bateaux amis soient interceptés par des bateaux ou sous-marins allemands.
Par exemple entre agent et capitaine, on s’avisait souvent de notre arrivée comme suit : Seriez-vous prêt à déjeuner avec moi à cinq heures demain matin?
Cela devait dire d’être au quai à cinq heures avec une équipe de débardeurs pour prendre la marchandise. J’ai souvenir d’un bateau norvégien, le Hill, qui dans une tempête s’est échoué sur les récifs de côté ouest du quai. C’était en automne 1942, l’équipage a débarqué à Petite-Vallée et le bateau a dû hiverner dans sa fâcheuse position.
Au printemps, vers cinq heures du matin, ce qui nous semblait être un tremblement de terre était un sous-marin allemand qui se croyait en présence d’un chargement de munitions destiné à ravitailler les troupes canadiennes déjà engagées sur les champs de bataille en Europe.
La torpille a dû se défaire sur les récifs sans toucher le bateau qui a dû finalement être démoli sur place. Lorsque la détonation s’est produite, nous avons d’abord pensé à une explosion de cylindres de gaz propane que l’on devait acheminer par bateau à Québec pour remplissage.
J’ai dû me préparer un télégramme en code, à la noirceur, pour avertir le comité du guet aérien à Halifax. Je devais les informer de tout bruit suspect et de tout ce qui se passait dans la région avec la meilleure description possible. Un après-midi, mon mari ayant un peu de temps libre, part avec un ami pêcher son poisson pour l’hiver. Cet après-midi-là, un bateau fut torpillé en face de Grande-Vallée.
Nos pêcheurs ont eu la frousse sentant les contrecoups sur la chaloupe comme s’ils avaient frappé quelque chose de dur. Ce n’était que le déplacement de l’eau.
Il y a eu certainement plusieurs sous-marins allemands à proximité de nos côtes. Une journée, tricotant non loin de mon bureau de télégraphe, j’entendis passer un télégramme en codes. « Sous-marin hors de l’eau pendant sept minutes devant l’Île-aux-Coudes ». Toutes ces informations nous causaient un stress continuel1 . »
Au sein de son témoignage, madame Aurélie, nous informe que le système de télégraphe était relié par un réseau à Québec. Une autre source nous indique que l’armée a construit, au cours de la guerre 1939-1945, plus de mille deux cents kilomètres
(1 200 km) de ligne téléphonique afin de s’assurer d’un système de communication efficace en Gaspésie. Une fois la guerre terminée, ces infrastructures sont cédées ou vendues à des compagnies civiles et conséquemment une partie de la population a ainsi eu accès au téléphone2.
- Jean-Claude Lebreux, Petite-Vallée 1858-2008, Sur les traces des bâtisseurs. Cent cinquante printemps de souvenance, lieu de publication non indiqué, maison de publication non indiquée, 2008, p. 42-44. ↩︎
- Jules Bélanger, Marc Desjardins et Yves Frenette, Histoire de la Gaspésie, Montréal, Les Éditions du Boréal Express, coll. « Les régions du Québec », 1981, p. 605. ↩︎




